À l’aube de 2026, le message du pape pour la LIXe Journée mondiale de la paix n’offre ni un optimisme naïf ni une abstraction diplomatique, mais une invitation exigeante et profondément anticonformiste : redécouvrir la paix comme désarmée et désarmante. Ancré dans la salutation du Christ ressuscité – « La paix soit avec vous » –, le message nous rappelle que la paix n’est pas seulement souhaitée ; elle est donnée. Et une fois reçue, elle appelle à une transformation des cœurs, des sociétés et des structures mondiales.

Le pape commence par réclamer la paix au royaume des idéaux lointains. Dans un monde habitué au réalisme fondé sur la peur, à la sécurité militarisée et à l’urgence perpétuelle, la paix est souvent rejetée comme étant irréalisable ou utopique. Pourtant, le message insiste sur le fait que la paix est déjà présente, cherchant tranquillement à s’installer au sein de l’humanité. Elle est fragile, comme une flamme menacée par les tempêtes, mais c’est précisément pour cette raison qu’elle exige d’être protégée, cultivée et témoignée. Abandonner la paix parce qu’elle semble irréaliste revient en fait à se rendre à un réalisme déformé, façonné par la peur plutôt que par la vérité.

Au cœur du message se trouve l’affirmation radicale que la paix du Christ est non violente par nature. Jésus ne se défend pas par la force ; il refuse l’épée même face à l’injustice et à la mort. Cette voie non armée a déstabilisé les disciples et continue de nous déstabiliser aujourd’hui, car elle met à nu la croyance profondément enracinée selon laquelle la violence est parfois nécessaire, efficace ou justifiée. Le pape ne nie pas la complexité des circonstances politiques et historiques, mais il met au défi les chrétiens et toutes les personnes de bonne volonté de confronter leur complicité dans des systèmes qui normalisent la violence tout en la qualifiant de sécurité.

Ce défi devient particulièrement aigu dans la critique que le pape fait de la politique mondiale contemporaine. Le message nomme, avec une clarté inhabituelle, la logique de la dissuasion, l’escalade des dépenses militaires et le recours croissant aux technologies de pointe, y compris l’intelligence artificielle, qui éloignent la responsabilité humaine des décisions concernant la vie et la mort. Lorsque la peur régit les relations internationales, le droit et la confiance sont remplacés par la domination et la suspicion. La paix, réduite à un calcul stratégique, devient l’otage des armes plutôt que d’être ancrée dans la justice.

Face à cette trajectoire, le pape relance le concept de désarmement intégral, un désarmement qui commence non seulement par les armes, mais aussi par les esprits, les cœurs et les cultures. Tant que les sociétés éduqueront à la peur, glorifieront la puissance militaire et effaceront la mémoire historique de la souffrance, même la réduction des arsenaux ne permettra pas d’instaurer la paix. Le désarmement est donc autant une tâche éthique et spirituelle que politique. Il nécessite une conversion de l’imagination : réapprendre à croire que la confiance mutuelle, le dialogue et la coopération ne sont pas des faiblesses, mais les fondements d’une sécurité durable.

Le message attribue également une responsabilité claire aux religions. À une époque où le langage religieux est de plus en plus manipulé pour sanctifier la violence, le nationalisme et l’exclusion, les croyants sont appelés à témoigner différemment. La foi ne doit jamais être utilisée comme une arme. Au contraire, les communautés religieuses sont invitées à devenir des « maisons de paix », des lieux où l’on pratique le dialogue, où l’on apprend le pardon et où l’on recherche la justice sans haine. La prière, la spiritualité et les rencontres interreligieuses ne sont pas présentées comme des échappatoires à la réalité, mais comme des forces actives contre la déshumanisation.

Il est important de noter que le pape ne spiritualise pas la paix au détriment de la politique. Au contraire, il réaffirme avec force le rôle de la diplomatie, de la médiation, du droit international et des institutions supranationales. Dans un monde où les traités sont violés et où le multilatéralisme est affaibli, le chemin désarmant de la paix nécessite des négociations patientes, un engagement fidèle aux accords et un respect renouvelé de la dignité humaine au-delà des frontières. La paix se construit lorsque le pouvoir se soumet à la responsabilité et lorsque les États choisissent la coopération plutôt que la confrontation.

Le message se termine sur une note d’espoir : le Jubilé de l’espoir. L’espoir n’est toutefois pas passif. Il appelle l’humanité à entamer un désarmement intérieur, à déposer les armes de la peur, de l’orgueil et de la domination. Ce n’est qu’alors que l’ancienne vision prophétique pourra redevenir crédible : les épées se transformeront en socs de charrue et les nations n’apprendront plus la guerre.

En ce sens, le message du pape est moins une proclamation qu’une question adressée à chacun d’entre nous : croyons-nous encore que la paix est possible sans armes ? Répondre oui, ce n’est pas nier la réalité, mais choisir une autre façon de l’habiter, marquée par le courage, l’humilité et la force tranquille d’une paix désarmante.

Elvis Ng’andwe MAfr