La souveraineté alimentaire reste l’une des principales priorités de l’AEFJN, promue notamment à travers la campagne « Notre terre est notre vie » (OLOL), l’initiative phare actuelle de l’AEFJN. Le projet OLOL souligne l’importance de l’agroécologie et de la gestion durable des terres, en plaidant pour des solutions africaines qui favorisent la sécurité alimentaire et protègent les droits fonciers. Cette campagne a collaboré efficacement avec des organisations de base et des gouvernements africains, attirant l’attention sur les menaces que représentent l’accaparement des terres, les monocultures et les agrocarburants.

Le plaidoyer de l’AEFJN a également eu un impact dans les débats sur la politique agricole de l’UE, où le réseau a fait pression pour que soient reconnus les intérêts africains dans l’élaboration de modèles agricoles qui privilégient la souveraineté alimentaire plutôt que les profits des entreprises. L’agroécologie, la biodiversité et les pratiques foncières durables sont devenues les pierres angulaires des efforts de l’AEFJN, en particulier dans les régions où les communautés vulnérables ont été marginalisées par des pressions extérieures et des intérêts étrangers.

La campagne « Notre terre est notre vie » comprend également des initiatives telles que le projet pilote mené à Adjumani, en Ouganda, qui fait partie des témoignages présentés dans cette section. Le projet d’Adjumani sert de modèle à des initiatives similaires à travers l’Afrique, soulignant l’importance de l’autonomisation locale pour faire progresser la souveraineté alimentaire. Le travail de l’AEFJN en Ouganda montre le potentiel de l’engagement local pour obtenir des résultats concrets en matière de promotion de la sécurité alimentaire et de la justice foncière.

Dans le cadre du Forum de Rome des ONG d’inspiration catholique, l’AEFJN a publié un manifeste appelant à une action mondiale urgente pour éradiquer la faim et la pauvreté. Le manifeste exhorte la communauté internationale, la société civile, les gouvernements et les acteurs du secteur privé à donner la priorité à des systèmes alimentaires durables et inclusifs. Parmi les principales revendications figurent la création d’un Fonds mondial pour éliminer la faim en réorientant les dépenses militaires, le respect de l’engagement d’allouer 0,7 % du revenu national à l’aide au développement d’ici 2030 et le soutien aux communautés locales et autochtones dans la mise en place de systèmes alimentaires résilients. Le manifeste fait écho à l’appel lancé par le pape François en 2024 pour lutter contre le « fléau scandaleux » de la faim et souligne la nécessité d’une solidarité et d’une justice à l’échelle mondiale.

Le thème des droits fonciers a également incité l’AEFJN à s’attaquer aux effets néfastes d’un prétendu « programme écologique ». Par exemple : en Tanzanie, un projet gouvernemental de conservation dans les régions de Ngorongoro et Loliondo a conduit à l’expulsion forcée des Masaï de leurs terres ancestrales. L’AEFJN fait partie de l’Alliance internationale de solidarité avec les Maasai (MISA), un réseau de solidarité transnational qui donne aux Maasai les moyens de défendre leurs terres, leurs moyens de subsistance et leur identité culturelle. En combinant le plaidoyer local, l’action juridique et la diplomatie internationale, la MISA s’efforce de faire pencher la balance en faveur des droits des peuples autochtones et d’une conservation durable et inclusive. Le lancement de la Vision de conservation des Maasai marque une étape importante vers la prise en compte des connaissances et de l’autonomie des peuples autochtones dans l’élaboration des politiques environnementales. Les principaux objectifs de la MISA sont les suivants : mettre fin aux expulsions forcées et à l’accaparement des terres à Loliondo et Ngorongoro ; garantir la reconnaissance juridique des droits fonciers des Maasai et leur accès à leurs terres ancestrales ; promouvoir une conservation menée par les populations autochtones, en opposition aux modèles de « forteresse » qui excluent les populations locales ; et amplifier la voix des mouvements populaires dans l’élaboration des politiques internationales, y compris au sein des institutions de l’UE.

À l’heure où la transition énergétique et numérique s’accélère, les minéraux dits « critiques » – tels que le lithium, le cobalt, les terres rares et le nickel – deviennent des ressources stratégiques essentielles. Ces minéraux, indispensables à la transition énergétique et à l’économie numérique, font l’objet d’une course effrénée à l’échelle mondiale. Dans ce contexte tendu, l’absence de normes internationales contraignantes pose des défis majeurs en matière de durabilité, de respect des droits humains et de justice économique. Il n’existe actuellement aucun traité international spécifique régissant l’extraction, le commerce et la durabilité des minéraux critiques. Les règles existantes sont fragmentées et les législations nationales sont appliquées de manière inégale. Cette situation crée une concurrence réglementaire entre les États, souvent au détriment des normes sociales et environnementales. Les entreprises minières continuent ainsi de perpétuer un modèle extractiviste prédateur, souvent associé à de graves impacts socio-environnementaux : déforestation, pollution de l’eau, déplacements forcés, violations des droits des travailleurs, voire financement de conflits armés dans certaines régions.

L’absence d’un cadre contraignant ouvre la voie à l’exploitation illégale, à la corruption, aux violations des droits des travailleurs, à la destruction de l’environnement et au financement des conflits armés. AEFJN s’est donc joint au mouvement appelant à l’adoption d’un traité international dans le secteur minier, qui est devenu à la fois une nécessité stratégique et éthique.

Les récits présentés dans cette section illustrent trois autres raisons d’espérer :

  1. L’immense potentiel agricole présent en Afrique, qui peut être exploité de manière durable grâce notamment à la valorisation des systèmes de connaissances autochtones.
  2. La preuve qu’il est possible de défendre avec succès les droits fonciers, même dans un contexte mondial où la loi du plus fort prévaut souvent.
  3. L’utilisation de projets de sécurité alimentaire comme points d’entrée pour la défense des droits fonciers, ce qui ouvre la voie à une approche plus collaborative que conflictuelle : les autorités publiques sont plus disposées à écouter les revendications des populations lorsque les communautés démontrent d’abord l’efficacité de leurs solutions pour le bien commun.