Les opérations minières et la consommation mondiale de ressources naturelles continuent d’augmenter chaque année[i]. Cependant, alors que les pays développés et les régions comme l’Union européenne protègent leurs ressources naturelles grâce à des politiques de développement durable et à des normes sociales et de travail élevées pour protéger l’environnement, les économies des pays en développement sont de plus en plus dépendantes de l’exportation de leurs ressources naturelles. Les pays développés importent et transforment ces ressources naturelles au profit de leurs sociétés de plus en plus technicisées et propres (vertes) ; les pays en développement voient leurs richesses pillées par la destruction et la contamination de leur environnement[ii].

L’Afrique a trouvé dans le boom de l’exploitation minière et de l’exploitation des ressources naturelles un modèle économique qui offre de grands avantages sans un effort d’investissement propre. La majorité des sociétés minières installées en Afrique sont des investissements étrangers auxquels les collectivités locales ne demandent qu’une faible part des bénéfices qui varie selon les pays. Malgré les codes miniers nationaux et les directives des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme, ces sociétés commettent systématiquement un manquement à leurs obligations. En outre, les responsables gouvernementaux ont un regard laxiste sur le comportement de ces entreprises sur leur territoire.

L’Union européenne, ainsi que d’autres pays économiquement puissants, ont profité de cette situation pour accéder aux ressources minières en Afrique sans que leurs États membres aient à en assumer les coûts environnementaux et sociaux. Les citoyens de l’UE vivent dans des sociétés technicisées et nous ne nous inquiétons pas de l’origine de ces ressources naturelles que nous consommons et qui sont présentes dans notre vie quotidienne, comme les batteries de voiture, les téléphones portables, les ordinateurs, les comprimés, les micro-ondes, les vitrocéramiques, les avions, les phosphates, etc. La plupart de ces appareils électroniques ont besoin d’un nombre infini de minéraux qui, en raison de leur rareté ou du coût social et environnemental élevé, ne sont pas produits dans l’Union européenne. La nécessité d’avoir accès à ces minéraux a déclenché les campagnes d’investissement public-privé de l’Union européenne dans lesquelles les entreprises des États membres luttent pour monopoliser l’extraction des ressources naturelles en Afrique[iii].

Ce modèle de développement serait légitime sous certaines conditions qui ne sont pas respectées actuellement, telles que le respect des droits de l’homme (droits sociaux et du travail des travailleurs, exploitation des enfants, protection sociale, santé, etc.), la protection de l’environnement, le paiement d’impôts équitables par les entreprises, la réparation des dommages causés à l’environnement et une indemnisation équitable aux communautés locales affectées qui sont les propriétaires légitimes des terres[iv].

En revanche, les pays africains riches en minerais souffrent de ce qu’on appelle la malédiction des ressources naturelles[v].   Manque de terres arables au Sénégal, enfants chauves atteints de maladies respiratoires en Zambie, puits d’eau contaminés en Afrique du Sud, exploitation des enfants en RDC, violations des droits de l’homme à Madagascar, pollution environnementale au Nigeria, financement des groupes armés au Rwanda… la liste est innombrable et dans de nombreux cas ces violations des traités internationaux se produisent simultanément dans les pays africains avec le consentement implicite des nouveaux colonisateurs[vi].

La richesse minérale dans les pays africains devrait être l’occasion de créer des emplois, d’augmenter les revenus, de promouvoir le développement durable et de lutter contre l’extrême pauvreté. Mais cela exige de la fermeté de la part des gouvernements africains en ce qui concerne le respect de la loi, la prévention de la corruption ainsi que l’engagement éthique des entreprises, la prévention des sorties illégales de capitaux par la fraude fiscale des profits des entreprises et de leurs dirigeants.

AEFJN appelle les gouvernements d’Afrique et d’Europe à s’assurer que les entreprises extractives respectent les droits de l’homme et l’environnement dans leurs opérations, respectent les normes de transparence et sont tenues responsables lorsqu’elles ne respectent pas les législations nationales et internationales. La responsabilité et la supervision des industries extractives incombent nécessairement à leurs gouvernements, mais nous, citoyens de ces pays, avons également la responsabilité d’utiliser rationnellement les consommables qui favorisent les opérations minières.

Les prochaines élections européennes sont à nouveau l’occasion de choisir nos dirigeants et ces politiques durables, solidaires des pays en développement et respectueuses de l’environnement. S’intéresser aux programmes des partis politiques, poser des questions aux candidats aux eurodéputés sur leurs initiatives et connaître les intentions des partis politiques à la recherche du nouvel accord de Cotonou qui bénéficie aux deux continents devraient être les critères à prendre en compte au moment de mettre notre vote dans l’urne[vii].

José Luis Gutiérrez Aranda

AEFJN Policy Officer

[i] https://www.organicauthority.com/buzz-news/global-population-has-already-fully-consumed-earths-natural-resources-for-2018

[ii] Environment Action Programme to 2020,  http://ec.europa.eu/environment/action-programme/

[iii] EU External Investment Plan,  https://ec.europa.eu/europeaid/policies/financing-development/eip_en

[iv] Guiding Principles on Business and Human Rights, https://www.ohchr.org/documents/publications/GuidingprinciplesBusinesshr_eN.pdf

[v] [v] Reversing the Resource Curse, https://resourcegovernance.org/events/training/reversing-resource-curse-theory-and-practice-2018

[vi] Land Grabbing in Africa – A New Way of Colonization,  https://www.africa.com/land-grabbing-in-africa-a-new-way-of-colonization/

[vii] AEFJN Position on European Elections 2019, http://aefjn.org/en/position-on-the-2019-eu-parliamentary-elections/