Le projet de sécurité alimentaire à Adjumani n’est pas seulement une histoire de développement local ; c’est aussi une histoire de politique. Les expériences des agriculteurs cultivant des cultures indigènes, affrontant les pressions foncières et travaillant pour la souveraineté alimentaire révèlent des enseignements importants sur le développement fondé sur la justice. Cependant, de nombreuses politiques qui façonnent le paysage économique de l’Afrique ne sont pas seulement élaborées localement ; elles sont également influencées par des cadres de politique internationale, dont beaucoup sont conçus et débattus dans des lieux comme Bruxelles.
C’est là que l’AEFJN Bruxelles joue un rôle important. Notre mission est de veiller à ce que les réalités vécues par les communautés africaines—comme celles d’Adjumani—soient intégrées dans les discussions politiques européennes. L’AEFJN fonctionne comme un pont entre les communautés africaines et les espaces de décision européens. Les preuves recueillies grâce à des initiatives telles que le projet d’agroécologie d’Adjumani aident à orienter notre engagement auprès des institutions européennes. À Bruxelles, l’AEFJN participe régulièrement au dialogue politique à travers des plateformes telles que l’InfoPoint de la Direction générale de la Commission européenne pour les partenariats internationaux (DG INTPA), les groupes de travail du Parlement européen, ainsi que les plateformes de dialogue avec la société civile et les politiques.
Dans ces espaces, nous présentons des preuves provenant de communautés africaines touchées par des problèmes tels que l’accaparement des terres, les industries extractives, la gouvernance minière, la durabilité agricole et la souveraineté alimentaire. Ce faisant, nous veillons à ce que les débats politiques soient éclairés non seulement par des modèles économiques, mais également par les réalités vécues sur le terrain.
Les défis décrits à Adjumani — tels que l’accès à la terre, la sécurité alimentaire et l’agriculture durable — ne sont pas des problèmes isolés. Ils sont liés à des dynamiques économiques mondiales plus larges, y compris le commerce, l’investissement et la gouvernance des ressources. Par exemple, de nombreux pays africains sont riches en ressources naturelles, pourtant les communautés bénéficient souvent peu de l’exploitation des ressources.
C’est pourquoi l’AEFJN s’engage auprès des décideurs politiques sur des questions telles que la conduite responsable des entreprises, la responsabilité des entreprises, la transparence des chaînes d’approvisionnement, la protection de l’environnement et la répartition équitable des avantages des ressources. Ces principes sont essentiels si les politiques de développement doivent promouvoir la justice plutôt que d’aggraver les inégalités.
Un débat politique actuel à Bruxelles concerne la loi européenne sur les matières premières critiques, qui vise à garantir l’accès aux minéraux nécessaires à la transition verte et numérique. Du point de vue de l’UE, cette politique répond à des préoccupations légitimes concernant la sécurité des chaînes d’approvisionnement. Cependant, du point de vue de nombreux pays africains riches en ressources, plusieurs préoccupations se posent.
La politique se concentre principalement sur la sécurisation des matières premières pour les industries européennes, la diversification des sources d’approvisionnement de l’UE et l’accélération des projets miniers, mais elle offre des garanties limitées concernant la répartition équitable de la valeur dans les pays producteurs, l’industrialisation locale, la protection de l’environnement et la participation des communautés au processus décisionnel. Sans ces garanties, il existe un risque que l’Afrique continue à fonctionner principalement comme fournisseur de matières premières, tandis que les processus industriels à plus forte valeur ajoutée restent ailleurs. C’est précisément le type de problème où les voix des communautés — comme celles représentées dans le projet Adjumani — doivent éclairer les débats politiques.
Le travail de l’AEFJN illustre également le rôle particulier des organisations confessionnelles dans le plaidoyer pour le développement. Les réseaux confessionnels apportent plusieurs forces uniques : une présence à long terme au sein des communautés locales, la crédibilité et la confiance au niveau local, une autorité morale fondée sur des principes éthiques, et des réseaux transnationaux reliant l’Afrique et l’Europe. Grâce à ces connexions, nous sommes en mesure de faire entendre les voix des communautés souvent absentes des discussions politiques internationales. L’expérience d’Adjumani nous rappelle que le développement ne peut pas être mesuré uniquement par les chiffres d’investissement ou la croissance économique. Le véritable développement doit être évalué selon qu’il protège les droits fonciers et renforce l’agriculture durable, protège l’environnement et favorise la dignité et la justice pour les communautés.
En reliant l’engagement de terrain en Afrique avec le plaidoyer politique à Bruxelles, l’AEFJN s’efforce de s’assurer que les politiques de développement reflètent les réalités auxquelles sont confrontées les communautés sur le terrain. En fin de compte, le développement durable et inclusif ne sera atteint que lorsque la justice deviendra le principe directeur des décisions économiques et politiques.
