Le développement a souvent été compris principalement en termes économiques : croissance du PIB, expansion des infrastructures et augmentation des échanges commerciaux. Bien que ces éléments puissent contribuer au progrès, ils ne conduisent pas automatiquement à une société plus humaine et équitable. Une approche du développement fondée sur la défense de la justice propose une vision plus profonde : une vision qui place la dignité humaine, la solidarité et le bien commun au centre de la transformation sociale.

Le travail de l’Afrique-Europe Foi et Justice

Le Réseau (AEFJN) illustre comment un développement centré sur la justice peut répondre aux inégalités structurelles affectant les communautés africaines, en particulier dans le contexte des relations économiques mondiales. Lorsqu’on l’examine à la lumière des enseignements sociaux du pape François et du pape Léon XIV, cette approche révèle une vision catholique cohérente : un développement authentique doit défendre la justice et protéger la dignité de chaque personne. Dès sa fondation, l’AEFJN a travaillé pour remédier aux injustices qui résultent des systèmes politiques, économiques et sociaux affectant l’Afrique. Plutôt que de simplement promouvoir l’aide caritative, le réseau se concentre sur le plaidoyer, l’analyse des politiques et la sensibilisation en Europe et en Afrique. Cette stratégie reflète la compréhension que de nombreux défis auxquels sont confrontées les sociétés africaines—comme les systèmes commerciaux injustes, l’exploitation des terres et la dégradation de l’environnement—sont enracinés dans l’injustice structurelle. En plaidant pour des relations économiques équitables entre l’Europe et l’Afrique, AEFJN cherche à garantir que les politiques de développement respectent les droits et la dignité des peuples africains. Dans ce sens, la justice devient non seulement un principe moral mais aussi un cadre pratique pour le développement durable.

Un modèle de développement basé sur la justice reconnaît que l’inégalité et l’exploitation ne peuvent pas être surmontées par la seule croissance économique. Il nécessite plutôt une transformation des systèmes qui produisent la marginalisation. L’expérience de nombreuses communautés africaines montre comment les pratiques économiques mondiales, y compris les industries extractives et les accords commerciaux injustes, peuvent compromettre les moyens de subsistance locaux et l’équilibre écologique. Le travail de l’AEFJN met en lumière ces enjeux en promouvant une conduite responsable des entreprises, en soutenant les communautés locales et en appelant à des politiques économiques éthiques. De tels efforts soulignent que le développement doit autonomiser les personnes plutôt que d’exploiter leurs ressources. La justice devient donc le principe directeur qui garantit que le développement sert le bien commun.

L’enseignement social du pape François a considérablement approfondi la compréhension que l’Église a du développement en mettant l’accent sur l’interconnexion des questions sociales, économiques et environnementales. Dans son encyclique Laudato si’, François critique vivement le modèle de développement dominant qui privilégie la croissance économique illimitée, le consumérisme et l’expansion technologique sans réflexion éthique adéquate. Selon lui, ce modèle est à la fois injuste et insoutenable, car il génère l’exclusion sociale tout en dégradant simultanément l’environnement naturel. Il soutient que la seule recherche du profit et de l’efficacité a conduit à ce qu’il appelle une « culture du déchet », dans laquelle les personnes et les écosystèmes sont traités comme jetables (LS 22). En réponse, il appelle à un nouveau paradigme de développement fondé sur la solidarité, la responsabilité écologique et le respect de la dignité humaine. Un tel modèle doit promouvoir l’inclusion sociale, donner la priorité aux besoins des pauvres, assurer une gestion responsable des ressources naturelles et placer le bien commun au-dessus des intérêts purement économiques (Laudato si’ 156–158 ; Fratelli Tutti 168).

Au cœur de ce nouveau paradigme se trouve le concept d’écologie intégrale de François. L’écologie intégrale propose une compréhension holistique du développement qui intègre la justice économique, la justice climatique, la justice sociale et la dignité humaine. François insiste sur le fait que la dégradation de l’environnement et l’injustice sociale sont profondément interconnectées : les mêmes systèmes qui exploitent les ressources naturelles exploitent souvent également les communautés vulnérables. Le changement climatique, la pollution et la perte de biodiversité affectent de manière disproportionnée les populations les plus pauvres, en particulier dans les régions où les moyens de subsistance dépendent directement de la terre, des forêts et de l’eau (Laudato si’, 48. 139). L’écologie intégrale appelle donc à des stratégies de développement qui abordent simultanément les dimensions sociales et écologiques. Cette perspective reconnaît que les politiques économiques, la protection de l’environnement, les traditions culturelles et l’inclusion sociale doivent être envisagées ensemble afin de parvenir à un véritable développement humain (LS 137–142). Cette perspective résonne fortement avec le travail du Réseau Foi et Justice Afrique-Europe, qui aborde fréquemment des problèmes tels que l’accaparement des terres, la destruction de l’environnement causée par les multinationales, et l’impact des industries extractives sur les communautés locales. En mettant en évidence le lien entre le « cri de la terre » et le « cri des pauvres », le concept d’écologie intégrale fournit un cadre éthique puissant pour promouvoir un développement à la fois juste et durable.

Une autre contribution importante à la pensée sociale catholique contemporaine émerge de l’enseignement et de l’accent pastoral du pape Léon XIV. Depuis le début de son pontificat, il a souligné la nécessité pour l’Église de répondre à une nouvelle phase de la transformation sociale façonnée par le changement technologique, la mondialisation et l’inégalité économique. Il a averti que des développements tels que l’intelligence artificielle et l’économie numérique posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, du travail et de la justice sociale. Dans ce contexte, il présente l’enseignement social catholique comme une ressource morale capable de guider les sociétés à travers ce qu’il décrit comme une nouvelle « révolution industrielle ». Il souligne que le progrès technologique doit rester orienté vers le bien commun et ne doit pas compromettre le travail humain, la participation sociale ou la dignité de la personne. En appelant à une régulation éthique des technologies émergentes et un engagement renouvelé en faveur de la solidarité, le pape Léon XIV souligne l’importance de veiller à ce que l’innovation bénéficie à tous et non qu’elle approfondisse les inégalités mondiales. Cette perspective est particulièrement pertinente pour l’Afrique, où les transformations technologiques et économiques risquent soit de renforcer les communautés, soit de consolider des schémas d’exploitation selon la manière dont elles sont gouvernées. L’accent mis sur la justice dans le développement reflète également une compréhension théologique plus large de la solidarité. Pour l’Église, la solidarité n’est pas simplement un sentiment de compassion, mais un engagement à transformer les structures injustes.

L’AEFJN incarne ce principe en créant des réseaux entre acteurs européens et africains encourager la collaboration entre les communautés religieuses, les organisations de la société civile et les responsables politiques. Grâce à des campagnes de plaidoyer et à des initiatives éducatives, le réseau conteste les politiques qui nuisent aux sociétés africaines tout en promouvant des alternatives basées sur l’équité et la durabilité. Cette approche reflète la conviction que la justice nécessite une responsabilité collective et une coopération mondiale.

Une autre dimension importante du développement fondé sur la justice est l’autonomisation des communautés locales. Trop souvent, les projets de développement sont conçus de manière externe et imposés aux communautés sans participation significative. De tels modèles risquent de reproduire la dépendance plutôt que de favoriser l’autonomie. Le plaidoyer d’AEFJN souligne l’importance d’écouter les voix locales et de défendre les droits des communautés à contrôler leurs propres ressources. Ce principe s’aligne sur l’insistance du pape François selon laquelle le développement doit impliquer la participation des pauvres eux-mêmes. Cependant, le pape François va encore plus loin en soulignant que les pauvres et les marginalisés ne sont pas seulement des participants aux processus de développement, mais aussi des interlocuteurs privilégiés dans la construction de l’avenir de l’humanité. Dans Laudato si’, il met en évidence la sagesse des peuples indigènes et des communautés traditionnelles, dont les cultures incarnent souvent un profond respect pour la nature et une compréhension holistique de la vie (LS 146 ; QAm 28-40). En raison de leur expérience de la marginalisation et de leur relation étroite avec l’environnement naturel ces communautés possèdent des systèmes de connaissances et des perspectives précieux qui peuvent contribuer à la construction de sociétés plus justes et durables. Francis appelle donc à un dialogue véritable qui écoute attentivement ces voix et reconnaît leurs contributions à la transformation sociale et écologique. Leur expérience vécue de résilience, de solidarité communautaire et de gestion de l’environnement fournit des perspectives importantes pour repenser les modèles de développement dominants et pour imaginer des alternatives fondées sur la justice et la durabilité.

De plus, le développement centré sur la justice favorise la responsabilité éthique dans les relations économiques mondiales. Les multinationales, les gouvernements et les institutions internationales jouent tous des rôles significatifs dans la détermination des résultats du développement.

Lorsque ces acteurs privilégient le profit ou les intérêts géopolitiques au détriment de la dignité humaine, ils risquent de perpétuer l’inégalité. Le plaidoyer politique de l’AEFJN vise à tenir ces acteurs responsables en appelant à des réglementations transparentes, à des pratiques d’investissement responsables et au respect des droits humains. Ce travail reflète l’enseignement moral de l’Église selon lequel l’activité économique doit être guidée par des principes éthiques. Le pape François rappelle souvent aux dirigeants politiques et économiques que les marchés ne peuvent pas se réguler eux-mêmes sans orientation morale et que les décisions économiques doivent être évaluées en fonction de leur impact sur la dignité humaine et le bien commun (Fratelli Tutti, 168).

De plus, la défense de la justice dans le cadre du développement souligne l’importance de la gestion environnementale. De nombreuses communautés africaines dépendent directement de la terre, de l’eau et des écosystèmes naturels pour leur survie. Lorsque ces ressources sont exploitées sans souci de durabilité, à la fois les moyens de subsistance des populations et les systèmes écologiques en souffrent. Les campagnes de l’AEFJN contre les pratiques minières irresponsables et l’accaparement des terres illustrent comment la justice environnementale est indissociable de la justice sociale. Cette perspective fait écho au concept d’écologie intégrale du pape François, qui insiste sur le fait que le cri de la Terre et le cri des pauvres sont étroitement liés (LS 49).

Les stratégies de développement qui ignorent les conséquences environnementales compromettent finalement le bien-être des générations présentes et futures. Enfin, une approche du développement basée sur la justice encourage une transformation des attitudes et des valeurs. Le changement structurel nécessite non seulement de nouvelles politiques mais aussi un changement de perspectives culturelles et éthiques. Les organisations confessionnelles, telles que l’AEFJN, jouent un rôle crucial dans cette transformation en favorisant la sensibilisation à l’injustice mondiale et en encourageant la solidarité au-delà des frontières. Leur travail rappelle aux individus et aux communautés que le développement n’est pas simplement une question technique ou économique, mais un défi moral et spirituel. Inspiré par les enseignements du pape François et du pape Léon XIV,

Les chrétiens sont appelés à s’engager activement dans la construction d’un monde où le progrès économique est indissociable de la justice, de la paix et du respect de la dignité humaine.

En conclusion, le travail du Réseau Foi et Justice Afrique-Europe montre l’importance de fonder le développement sur la défense de la justice. En s’attaquant aux inégalités structurelles, en plaidant pour des politiques économiques responsables et en soutenant l’autonomisation des communautés locales, le réseau promeut un modèle de développement qui privilégie la dignité humaine et le bien commun. Les enseignements sociaux du pape François et du pape Léon XIV offrent une solide fondation éthique pour cela mettant l’accent sur la solidarité, la responsabilité écologique et la gouvernance éthique du changement économique et technologique. Ensemble, ces perspectives affirment que le développement authentique ne peut être mesuré uniquement par la croissance économique, mais doit être évalué par sa capacité à créer un monde plus juste, durable et humain.

Fr. Alberto Parise, MCCJ – Président de AEFJN