Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis (depuis janvier 2025) et son approche transactionnelle des relations internationales, qui privilégie à tout prix les intérêts directs des États-Unis, introduisent une grande incertitude non seulement dans la mise en œuvre des accords de Washington du 5 décembre 2025, signés entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, mais aussi, compte tenu de la position excessive qu’il s’impose, voire en violation du droit international. Aujourd’hui, nous devons nous demander si la RDC ne s’est pas jetée dans la gueule du loup en sollicitant l’aide de Donald Trump. Le président américain privilégie les accords économiques au détriment du strict respect des droits humains et du droit international humanitaire, menaçant ainsi la pérennité de la paix. Le contrôle des ressources stratégiques détermine aujourd’hui qui dominera l’économie mondiale du XXIe siècle. Et nous assistons à une guerre économique entre les États-Unis et la Chine. Trump se bat pour maintenir la position de grandeur mondiale des États-Unis, et il peut faire tout ce qu’il veut. Il fait ce qu’il veut. Personne ne l’arrête, et les institutions internationales restent silencieuses.
- Trump et le droit international
La politique étrangère du deuxième mandat de Trump (depuis 2025) se caractérise par :
- Le mépris du droit international :
Lors d’une conversation de deux heures avec quatre journalistes du quotidien national américain dans le Bureau ovale, il a déclaré ouvertement qu’il n’avait pas besoin du droit international. Il n’est limité que par sa propre moralité (1). Et c’est ainsi qu’il se comporte. Il traite les traités comme des contrats commerciaux qu’il peut rompre ou renégocier si « l’accord » ne lui convient plus.
Le droit international devient un terrain de jeu transactionnel plutôt qu’ un cadre de règles stables.
Quelqu’un a dit : « Il lui a fallu seulement un an pour signer l’arrêt de mort du droit international, rétablissant ainsi la colonisation. Désormais, c’est la loi du plus fort qui règne en maître. Il fait donc ce qu’il veut, avec un adversaire désigné : la Chine. Et un seul objectif : l’étouffer en contrôlant, à tout prix, le pétrole et les minerais nécessaires à son industrie. Après Nicolás Maduro au Venezuela, quel sera le prochain président à être renversé ? L’Iran ? Cette escalade menace-t-elle la sécurité mondiale ? Qui peut freiner les excès et les ambitions hégémoniques de Donald Trump ?… » (2).
Donald Trump a déclaré vouloir contrôler Gaza et en faire la Côte d’Azur du Moyen-Orient (3). Ce serait quelque chose de magnifique, ajoute-t-il. Il a décidé de recoloniser des territoires comptant plus de 20 millions d’habitants, à des dizaines de kilomètres de chez lui. Et il le dit sans gêne. Pour ce faire, la population sera déportée vers l’Égypte et la Jordanie. Pour lui, il n’y aura plus de Palestiniens à Gaza, mais ce sont l’Égypte et la Jordanie qui devront les accueillir. Trump prévoit donc de déporter et de chasser les populations autochtones de leurs foyers, les forçant à errer ailleurs afin que l’Amérique puisse s’emparer de leurs terres.
- Retrait du multilatéralisme :
Sa politique se caractérise par une méfiance envers les organisations internationales, perçues comme inefficaces ou contraires aux intérêts américains.
Plutôt que de s’appuyer sur les mécanismes internationaux (ONU, médiation régionale traditionnelle), il privilégie les accords directs, bilatéraux ou trilatéraux axés sur les intérêts américains (ressources, économie). À défaut, il recourt aux menaces, aux sanctions et/ou à la force. Il souhaite créer un conseil de paix pour remplacer l’Organisation de Nations Unies. Les accords de Washington, par exemple, ont été signés dans le cadre d’une initiative « Trump » (Institute for Peace) plutôt que par le biais du Conseil de sécurité de l’Organisation de Nations Unies et s’est retiré de nombreux organes des Nations unies.
- Soutien sélectif : une position fortement pro-israélienne, mais une instabilité potentielle dans d’autres régions, notamment dans les Grands Lacs, si les gains économiques ne suivent pas.
Et qu’en est-il de l’Afrique dans tout cela ? Est-elle consciente des enjeux ou sera-t-elle une fois de plus le bouc émissaire des appétits des grandes puissances qui lorgnent sans vergogne sur ses richesses ? Les frappes américaines sur le Nigeria et leur implication dans le conflit dans l’est de la RDC doivent-elles continuer à être considérées comme des incidents isolés ou comme des menaces évidentes ?
À la lumière de ce qui précède, le Congo, un pays vaste mais fragile à tous les autres égards, ne devrait-il pas craindre de s’exposer à un tel prédateur ? Ne s’est-il pas réduit à une proie facile ?
- Impact sur les accords de Washington (RDC-Rwanda)
Les accords signés en décembre 2025 visaient à instaurer une paix durable, la sécurité et la coopération économique. L’impact de l’administration Trump pourrait être double :
- Priorité économique sur la paix : les accords de Washington comprennent un « partenariat stratégique » fortement axé sur les minéraux critiques. Trump pourrait faire pression pour maximiser l’exploitation américaine, reléguant au second plan la surveillance des droits humains et la démilitarisation de l’est de la RDC.
- Imprévisibilité de la « Pax Americana » : si les engagements en matière de sécurité (droit international humanitaire) ne sont pas jugés suffisamment rentables, le soutien des États-Unis à la stabilité régionale pourrait vaciller, ce qui pourrait compromettre les compromis entre Kinshasa et Kigali. Cette tentative d’« accord » de paix vise la guerre économique, rendant l’accord extrêmement dépendant de la volonté de Trump de maintenir ce cadre transactionnel.
En résumé : le comportement de Trump risque de transformer les accords de paix en simples transactions commerciales sur les ressources, rendant la stabilité durable très fragile. Et son approche très ciblée sur les minéraux stratégiques pourrait transformer la région en un champ de bataille pour une concurrence directe avec la Chine.
Avec Trump, les grands principes du droit international en matière de justice, la Cour internationale de justice et la coopération internationale sont morts. Ce retour à la loi de la jungle est préoccupant.
L’Afrique risque d’être recolonisée, cette fois-ci avec encore plus de violence et d’inhumanité. Le comportement de Trump pourrait inciter d’autres grandes nations, envieuses de la richesse des autres, à faire de même. Et ce n’est pas seulement le Congo, mais toute l’Afrique qui est fragile. Les dirigeants africains doivent s’unir pour éviter le danger. Ils doivent former des alliances régionales. C’est un moment très critique. Ils doivent réfléchir à la manière de se défendre et de préserver leurs intérêts contre les prédateurs et se préparer pour l’avenir.
Sources :
- France Info télévision (TF1 Info) le 9 janvier 2026 : interview à New York le mercredi 7 janvier
- Alain FOKA (journaliste et producteur camerounais) : La Chronique : Trump, un génie, un mégalomane ou un fou ?
- Journal Le Monde (5 février) : Donald Trump affirme que les États-Unis prendront le contrôle de la bande de Gaza.
Berlaine KOLA, ICM
