LE CENTRE MEDICAL BETHANIE COMME CENTRE D’ESPOIR POUR LES  » SANS-ESPOIR « 

Depuis 2019, la population du Burkina Faso vit une crise sécuritaire qui a provoqué des déplacements massifs et une détresse indicible. On estime que 1,9 million de personnes ont été forcées de quitter leur foyer, tandis que plus de 500 établissements de santé ont fermé ou fonctionnent au minimum de leurs capacités. La situation humanitaire devient de plus en plus préoccupante chaque semaine, mais elle est largement ignorée au niveau international. Comme c’est souvent le cas, le manque d’attention des médias va de pair avec le manque de financement de l’aide.

Le Centre Médical de Béthanie, abrégé CMB, est la propriété des Sœurs de Notre Dame des Apôtres (NDA). Ce centre a été voulu par les sœurs infirmières NDA de l’ancienne Province d’Afrique francophone réunies à Cotonou en mai 2006. Comme par le passé, la congrégation avait ouvert plusieurs léproseries pour soigner nos frères et sœurs atteints de la lèpre et rejetés par la société, ce centre a été créé pour contribuer à l’éradication de la pandémie du VIH/SIDA. La propagation rapide et continue du SIDA, qui fait tant de victimes dans le monde et en particulier en Afrique, nous concerne tous et nous interpelle. Nous savons que la stigmatisation et la honte associées à la maladie font que de nombreuses personnes hésitent à se faire dépister et n’apprennent qu’elles sont infectées que lorsqu’elles sont malades.

Les sœurs NDA ont choisi d’appeler la branche SIDA « Bethany Health Center » pour éviter la stigmatisation de la maladie. Béthanie signifie « maison protégée par Dieu », et l’Évangile nous dit que Jésus se rendait toujours volontiers à Béthanie parce que ses amis, Marie, Marthe et Lazare, l’accueillaient avec empressement et amour. Béthanie désigne la maison où l’on est reçu par un accueil chaleureux, fraternel, respectueux, où l’on est attentif aux besoins exprimés et non exprimés des personnes accueillies. C’est la maison où la personne malade reçoit compréhension, aide, soutien et où elle est écoutée et aimée.

Nous, les sœurs travaillant dans la région de l’est du Burkina Faso, Fada N’gourma, nous vivons chaque jour en sachant que notre présence est une grande source d’espoir pour des nombreuses personnes déplacées que nous avons et aussi pour la population dans son ensemble.

Nous avons des personnes déplacées, des personnes qui ont fui leurs maisons et leurs terres en raison du problème d’insécurité que connaît actuellement le pays et qui espèrent et comptent sur nous pour obtenir de la nourriture, des vêtements et une assistance médicale. L’accès aux médicaments pour traiter les patients est le principal défi que nous devons relever, car nous ne savons plus compter sur nos gouvernants pour ce genre de choses.

Au cours des quatre dernières années, notre centre médical n’a pas été épargné par ces crises en raison de l’afflux de patients. Au contraire, nous recevons de plus en plus de personnes déplacées qui viennent à l’hôpital à la recherche de soins de santé, de nourriture et d’abris, ce qui pèse lourdement sur notre établissement car le nombre ne cesse d’augmenter et cela commence à se faire sentir.
Parfois, il arrive que les personnes déplacées qui viennent se faire soigner à l’hôpital n’aient rien à manger ou à s’habiller, alors la plupart du temps, nous leur donnons à manger et nous demandons aux sœurs de la communauté de nous donner leurs vêtements pour que nos malades puissent eux aussi en changer.

Il y a deux ans, nous avons reçu un patient connu dans le centre sous le nom de  » Chef du village  » (chef du centre médical en raison de son long séjour dans le centre) dont le village a été attaqué et ses jambes avaient été touché par des balles de sorte qu’il ne peut pas marcher pour le moment. Il a passé deux ans avec nous à l’admission dans notre centre ici, puisque son cas était si compliqué, nous avons décidé de faire de notre mieux pour lui. Deux opérations ont été effectuées sur ses deux jambes mais il ne peut toujours pas marcher. Malgré cela, plein d’espoir il dit toujours : « je sais que vous, mes sœurs, faites de votre mieux pour que je puisse me remettre sur pied et marcher à nouveau, mais je sais que tout dépend de Dieu. S’il le veut, un jour l’aide viendra pour moi , j’aurai une opération réussie et je marcherai à nouveau comme n’importe quelle autre personne». Ces paroles encouragent même les médecins et les infirmières qui s’occupent de lui.