Nous aimerions partager avec vous une histoire d’espoir dans un contexte où les difficultés quotidiennes remettent en question l’idée même qu’il soit possible d’initier des actions pour un nouveau mode de vie social, culturel et interreligieux fondé sur la compréhension mutuelle et la collaboration, afin de pouvoir imaginer et réaliser un Tchad plus inclusif.
Nous sommes dans la ville d’Abeché, au nord-est du Tchad, située à la frontière avec le Soudan, l’Égypte, la Libye et le Niger. Abeché est une ville très dynamique qui a un petit air de frontière, car ses habitants, au-delà des autochtones, viennent de tout le pays à la recherche d’opportunités de travail, tandis que les jeunes viennent ici pour étudier à l’université locale.
La vie sociale et les relations sont fortement influencées par l’islam : d’un point de vue historique, la ville a joué un rôle assez important dans le processus d’islamisation du pays, étant en contact avec le reste du monde islamique/musulman grâce au commerce et aux pèlerins qui traversaient le désert pour se rendre dans les lieux saints de l’islam en Arabie saoudite. Le paysage religieux a radicalement changé en raison de la colonisation et de la militarisation du nord-est : jusqu’aux années 60, une administration militaire était en charge de ce vaste territoire.
Les chrétiens se sont répandus ici, mais ils constituent une minorité absolue, composée de quelques rares autochtones convertis et de Tchadiens du sud qui sont soldats et/ou fonctionnaires civils. Les deux communautés religieuses – musulmane et chrétienne – ont toujours entretenu des relations sociales difficiles et parfois conflictuelles. Il est très important de souligner ce contexte social, culturel et religieux, qui évolue lentement, très lentement. C’est cette évolution qui suscite un désir, un rêve, une participation active à la vie sociale, représentée par le Foyer des Jeunes.
Au Foyer, nous rencontrons Assia, Arthur, Josué et Ahmed, la petite équipe motivée qui s’efforce chaque jour de mettre en œuvre la vision du dialogue dans la fraternité. Il est bon de souligner que l’équipe est équilibrée du point de vue religieux : ce sont des musulmans et des chrétiens qui travaillent, prient et partagent la charge de l’animation des jeunes qui viennent au Foyer. Malheureusement, l’équilibre entre les sexes n’est pas tout à fait respecté, car Assia est la seule femme de l’équipe, une autre jeune femme ayant quitté le pays pour poursuivre ses études. Quoi qu’il en soit, Assia, qui parle arabe et français, joue un rôle crucial, car sa présence aide les jeunes arabophones à venir au Foyer et à participer activement à ses initiatives.
Que faisons-nous, que proposons-nous aux jeunes d’Abéché, pourquoi viennent-ils chez nous, même s’ils ne sont pas aussi nombreux que nous le souhaiterions ? Le Foyer s’efforce de mettre en œuvre une politique d’inclusion et d’amitié ; il partage ses espaces, ses trois bibliothèques, avec les jeunes d’Abéché. Les espaces du Foyer sont destinés à accueillir les lecteurs des bibliothèques, les étudiants qui font leurs devoirs et/ou leurs recherches dans une atmosphère détendue et calme qui aide, malgré la chaleur de la saison, à se rencontrer, à se connaître, à échanger des idées et à dialoguer sur la vie.
L’action culturelle et éducative du Foyer nécessite un engagement à long terme : nous proposons des activités et des initiatives afin de favoriser, soutenir et mettre en œuvre une nouvelle façon de penser. C’est une tâche très difficile en raison de la situation sociale et culturelle dans laquelle nous évoluons.
Il convient de mentionner le rôle joué par Assia et l’équipe, car nous pensons que c’est grâce à leurs efforts que le Foyer est vivant, même si les difficultés logistiques et culturelles ne nous aident pas à le gérer comme nous le souhaiterions.
Tout d’abord, Assia, une jeune femme musulmane qui sait s’entendre avec tout le monde, est un atout précieux car, compte tenu de l’environnement socioculturel d’Abeché, il n’est pas évident de trouver une jeune femme instruite pour diriger le Foyer. Ensuite, il y a Arthur, un jeune catholique qui, depuis ses études universitaires à Abeché, participe aux activités du Foyer. Arthur est un artiste – un chanteur – et parfois, son sens artistique prend le dessus et permet de résoudre facilement une situation difficile. Arthur s’occupe de nouer des contacts avec le milieu éducatif (collèges, université) de la ville, ce qui nous permet d’organiser des activités culturelles qui répondent aux intérêts des jeunes. Josuè et Ahmed font de leur mieux pour guider et aider les étudiants qui viennent chez nous à devenir membres des bibliothèques afin d’améliorer le lectorat.

Au final, l’histoire du Foyer n’est peut-être pas très passionnante, car nous essayons chaque jour de mettre en pratique des valeurs importantes telles que l’amitié, la compréhension mutuelle et le respect des croyances religieuses de chacun. Cependant, c’est notre histoire, et nous essayons d’être positifs et de nous impliquer activement dans un processus dynamique de changement culturel, aussi difficile soit-il.
Frère Enrico Gonzales MCCJ – Foyer des Jeunes, Abeché
