En date du 13 novembre 2025, j’ai accompagné Elvis lors d’une présentation en ligne destinée aux étudiants du Master en relations internationales de l’Université Catholique de Louvain , qui l’avaient sollicité dans le cadre de leur cours intitulé: « Union européenne, coopération internationale et développement ». Cette intervention portait sur le thème suivant : « Quelles articulations entre le Green Deal européen et les politiques de développement ? Quelles « externalités négatives » dans le recours aux matières premières au-delà des frontières européennes ? ».
Pour rendre utile mon accompagnement à Elvis, j’y ai donné mon point de vu par rapport à : L’Observation sur la Zambie, la comparaison avec la République Démocratique du Congo, et enjeux de colonialisme vert.
Je vous en donne ci-après une synthèse :
Le Green Deal européen C’est le projet le plus connu, lancé par la Commission européenne en 2019. En 2026, il constitue toujours la feuille de route majeure de l’Union européenne avec les objectifs suivants (Commission européenne : le pacte vert pour l’Europe) :
• Neutralité carbone d’ici 2050 : Faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre.
• Objectif 2030 : Réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55 % par rapport à 1990 (via le paquet législatif « Fit for 55 »).
• Économie circulaire : Transformer le mode de production pour réduire l’utilisation des ressources et les déchets.
• Justice sociale : Assurer une « transition juste » pour ne laisser personne de côté, notamment les régions et travailleurs les plus touchés par la fin des énergies fossiles.
Pour revenir à notre sujet, qu’en est-il de l’observation sur la Zambie ?
Enjeux et paradoxes de l’industrie minière en Zambie
La Zambie occupe une place stratégique dans la transition énergétique mondiale grâce à ses importantes réserves de métaux critiques (cuivre, cobalt). Si cette position offre des perspectives économiques inédites, elle soulève également des défis structurels majeurs.
Atouts et opportunités
Le pays se distingue d’abord par une stabilité politique facilitant les partenariats internationaux, notamment avec l’Union européenne. Les accords récents visent à intégrer la Zambie dans les chaînes de valeur mondiales par le développement des compétences locales. Par ailleurs, des projets d’envergure comme le corridor de Lobito promettent de désenclaver la région et de stimuler le commerce intra-africain.
Limites et risques
Toutefois, ce modèle présente des failles. La Zambie peine à dépasser le stade de l’exportation de matières brutes, la transformation locale restant embryonnaire. Sur le plan social et environnemental, l’activité minière engendre des pollutions critiques et des conflits fonciers qui menacent la sécurité alimentaire. Enfin, les nouvelles infrastructures risquent de devenir de simples « corridors extractifs » destinés à l’exportation rapide, sans retombées réelles pour les populations locales.
Qu’en est-il de la comparaison avec la République Démocratique du Congo ?
Dynamiques minières comparées (Zambie et RDC)
La Zambie et la RDC partagent un destin lié à leurs richesses géologiques, essentielles à la transition énergétique mondiale. Leur situation présente des similitudes frappantes mais aussi des contrastes de gouvernance.
Points de convergence
Les deux nations subissent une pression internationale intense pour l’accès au cuivre et au cobalt. Elles font face aux mêmes externalités négatives : marginalisation des populations, dégradations environnementales et conflits fonciers. De plus, leurs accords avec l’Union européenne, bien que stratégiques, limitent leur souveraineté fiscale et leur capacité à industrialiser localement la production.
Divergences de contexte :
La différence majeure réside dans la stabilité : là où la Zambie bénéficie d’un cadre pacifié et d’une régulation historique de l’État, la RDC est marquée par une militarisation des zones minières et une fragilité institutionnelle qui complique la protection des droits humains.
Enfin, enjeux du colonialisme vert en Zambie :
La Zambie face au défi du colonialisme vert :
Le concept de « colonialisme vert » désigne une transition énergétique mondiale qui, sous couvert d’écologie, reproduit les rapports de domination Nord-Sud. En Zambie, l’application de ce terme suscite un débat entre persistance de l’extractivisme et émergence d’une souveraineté nouvelle.
Les indicateurs d’une dérive coloniale
Plusieurs facteurs soutiennent cette thèse. Les accords avec l’Union européenne, souvent asymétriques, imposent une pression de production intense sans obligations de financement contraignantes. La structure économique reste coloniale : la Zambie exporte ses ressources brutes vers les centres technologiques mondiaux, captant une infime part de la valeur ajoutée. De plus, les infrastructures comme le corridor de Lobito privilégient l’exportation rapide plutôt que le développement local, menaçant souvent des zones écologiquement fragiles.
Une réalité à nuancer
Toutefois, la Zambie n’est pas une victime passive. Le gouvernement fait preuve d’une diplomatie proactive en diversifiant ses partenaires (Chine, USA, UE) pour accroître sa marge de manœuvre. Sa stabilité politique et ses projets pilotes de transformation industrielle suggèrent une volonté de rompre avec le modèle extractiviste pur.
Conclusion
L’analyse de la situation minière en Zambie, mise en perspective avec le modèle de la RDC, révèle un moment charnière pour l’Afrique australe. Si la transition énergétique mondiale offre une opportunité historique de développement grâce à la demande croissante en métaux critiques, elle porte en elle le risque d’un « colonialisme vert ».
D’un côté, les partenariats internationaux et les infrastructures comme le corridor de Lobito ouvrent des voies vers une intégration régionale et une stabilité économique. De l’autre, la persistance d’un modèle extractiviste, où la valeur ajoutée échappe aux populations locales au profit des puissances du Nord et de la Chine, menace de reproduire les inégalités historiques.
En définitive, la capacité de la Zambie à transformer ce potentiel en véritable levier de développement dépendra de sa capacité à imposer une industrialisation locale et à protéger ses communautés. Pour éviter le piège d’une transition écologique se faisant au détriment du Sud, le pays doit transformer ses accords stratégiques en outils de souveraineté économique réelle.
Berlaine K. ICM
