Le calme revient peu à peu
Après les débordements de casses et incendies des édifices publics observés dans certaines régions du pays dus à l’annonce du vainqueur de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, la situation redevient peu à peu normale malgré que certains secteurs d’activité demeurent encore paralysés.
Par Rodrigue BIKELE, Chargé de Communication Foi et Justice, Antenne du Cameroun.
L’élection présidentielle du 12 octobre 2025 était très attendue. Le scrutin a enregistré un taux de participation de 57,76 %, contre 53,85 % en 2018. Soit une hausse de 3,91 points. Selon le président du Conseil constitutionnel, Clément Atangana, plus de 4,6 millions de Camerounais ont voté sur un corps électoral de plus de 8 millions d’inscrits. Ces chiffres montrent l’intérêt que les Camerounais avaient cette année par rapport aux scrutins précédents. Un intérêt un peu plus démesuré car certains candidats s’étaient déjà déclarés vainqueur avant même la proclamation des résultats le 27 octobre.
Le pays en état de troubles partiels
Cet état de cause a plongé certaines villes du pays dans les exactions de ces militants, partisans du refus de fair-play. Selon eux, la victoire d’Issa Tchiroma, candidat du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc) à l’élection présidentielle a été volée. Hors les résultats officiels, publiés par le Conseil constitutionnel le classe en deuxième position avec 35,19%. En contestant ces chiffre plusieurs villes ont depuis été secouées par des manifestations à son appel. Des marches au départ qui se voulaient pacifique ont connu des débordements avec le pillage et le vandalisme dans plusieurs villes.
Le bilan des exactions dressé par le gouvernement
Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration Territoriale a dressé un lourd bilan national des dégâts, illustrant la généralisation du désordre au-delà de Douala : incendie de sous-préfectures à Banja ( département du Haut-Nkam), Ngong, Figuil ( dépatrtement de la Bénoué), et Guider ; saccage du Palais de Justice de Dschang, de la Mairie de Mandjo, et de la Brigade de Gendarmerie de Ngong ; destruction des antennes Elecam à Ngong, Banja, Mandjo, Figuil ; incendie des résidences de Maires à Garoua, Mandjo, Figuil. Au cours de ces exactions plus de 2 000 personnes ont été interpellées selon Me Alain Ndam, coordonnateur du collectif de défense citoyenne des régions du Centre et du Sud.
Il décompte des personnes interpellées et placées en garde à vue administrative dans les cellules des commissariats des différentes villes du pays et du Sed. Selon le coordonnateur du collectif de défense citoyenne des régions du Centre et du Sud, « plus de 2.000 personnes ont été interpellées ces derniers jours au rang desquelles figurent 1300 personnes placées en garde à vue administrative à Douala ; 345 à Bertoua ; 300 à Bafoussam ; 78 à Maroua et 55 à Yaoundé devant le commissaire du gouvernement ». S’agissant des personnes décédées suite à cette crise post-électorale, le gouvernement n’a pas communiqué de bilan officiel, mais admet « des dizaines de morts » lors des manifestations.
L’appel aux villes mortes
La première journée des « villes mortes », lancées le 03 novembre dernier par Issa Tchiroma Bakary, a été inégalement suivie à travers le pays. À Yaoundé, la capitale, la vie a suivi son cours habituel. Les rues étaient animées, les services publics et les établissements scolaires fonctionnaient normalement. La plupart des marchés étaient ouverts, à l’exception de certaines zones du marché Mokolo et du marché central, restées partiellement fermées. La situation était différente à Douala, où plusieurs marchés et écoles n’ont pas ouvert leurs portes, malgré la descente sur le terrain du gouverneur du Littoral et de son équipe. Dans plusieurs quartiers, les habitants décrivaient des rues désertes, témoignant d’une adhésion plus marquée au mot d’ordre dans la capitale économique. Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la journée a ressemblé à un lundi « Ghost Town » ordinaire, comme il en existe depuis 2017, année du déclenchement du conflit séparatiste. Les régions de l’Ouest ont davantage répondu à l’appel de désobéissance civile. À Bafang, Bandja, Bafoussam et Dschang, commerces et rues sont restés vides.
