Dans l’Europe actuelle, un très petit nombre de jeunes se sent lié à l’Église. La situation est différente en Afrique où beaucoup sont attirés par les églises pentecôtistes. Les raisons de cette attraction ou son absence sont aussi diverses que les jeunes eux-mêmes. Cependant, il est vital pour l’Église de trouver de nouvelles voies pour s’introduire dans le monde des jeunes, les préparer à contribuer par leurs idées à la croissance de la société de façons plus productives  qui tiennent compte de notre humanité partagée et du bien commun.

Le pape François a paru prêt à entrer dans le monde des jeunes lorsqu’il a convié quelque 300 jeunes à une réunion pré-synodale à Rome du 18 au 24 mars. La décision du pape François de consulter la jeunesse ab initio est très remarquable! Cependant, il reste à voir si les jeunes auront l’espace pour participer à travers le processus entier, sinon le Synode reste un Synode pour les jeunes et pas un synode sur les jeunes. Il faut souligner que les jeunes partagent des expériences similaires, parlent le même langage, et que ce sont eux qui peuvent trouver les meilleures stratégies et être les meilleurs apôtres dans le monde de la jeunesse, surtout à une époque où il devient de plus en plus difficile de les accompagner.

Honnêtement, l’Église a une tâche énorme et urgente à défendre un changement dans l’ordre social mondial pour la paix. L’ordre social dysfonctionnel actuel est une manifestation de la conscience individuelle et collective actuelle. Nous ne pouvons pas nier le fait que, par la science, il a radicalement amélioré la vie humaine d’une manière qui aurait pu être décrite comme miraculeuse au cours des dernières années. Cependant, nous devons aussi reconnaître que motivé par sa cupidité, sa peur et son désir de pouvoir, il a créé en nous une distorsion de la perception des autres, de soi et de la planète Terre. Cela nous a conduits à exploiter d’autres êtres humains, avec deux guerres mondiales, une violence actuelle sans précédent contre les forêts productrices d’oxygène, l’empoisonnement des eaux mondiales et d’autres formes de vie, ce qui a mis notre existence collective au bord du précipice[1]. C’est pourquoi AEFJN considère le prochain Synode sur la jeunesse comme un véritable investissement pour le futur.

Nouveaux moyens de communication

La décision d’encourager les jeunes du monde à exprimer ouvertement et librement leurs opinions à l’aide de #hashtags est bien réfléchie. Il est gratifiant de savoir qu’environ 14 000 jeunes ont communiqué leurs idées, leurs souhaits et leurs remarques critiques à travers les médias sociaux. Et sur plus de 100 000 contributions, 18% provenaient de l’Afrique et il était possible de suivre les discussions de Rome partout sur YouTube. C’était peut-être la première fois que l’Église utilisait les moyens modernes de communication si efficacement. En particulier, pour les jeunes en Afrique pour lesquels il est particulièrement difficile d’obtenir un visa, ce fut un excellent moyen d’interagir avec leurs collègues des autres parties du monde.

Thèmes du Synode

La discussion s’est concentrée sur trois thèmes principaux:

– Défis et opportunités des jeunes dans le monde d’aujourd’hui avec les #hastags: #WhoamI (qui suis-je ?) #Differences (différences) #Future (avenir) #DigitalWorld (monde digital) #InteriorLife (vie intérieure)

– Foi et vocation, discernement et accompagnement avec #hastags: #Jesus (Jésus), #believe (croire) #Called (appelé) #Choices (choix) #Guide (guide)

– L’activité formative et pastorale de l’Église avec #hashtags: #Church (Eglise) #ActivelyInvolved (impliqué activement) #Places (lieux) #Proposals (propositions) #WaysAndMeans (voies et moyens).

Au terme d’une discussion animée, les 300 participants du pré-synode, parmi eux aussi des athées, des bouddhistes et des musulmans, ont voté un document final qui a été remis au pape. Il est destiné à servir de base au document de travail du Synode des évêques qui se tiendra à Rome du 3 au 7 octobre. AEFJN considère comme hautement louable la décision de permettre aux jeunes de différents milieux religieux de faire partie de ce processus. Au moins, c’est reconnaître le fait que notre humanité commune et notre bien commun prennent le pas sur nos systèmes de croyance et que le renouvellement de la face de la terre est le projet collectif de toute l’humanité.

Les voix de la jeunesse africaine

Dans aucun autre continent, la jeunesse ne représente une proportion aussi élevée de la population totale que l’Afrique. La moitié des Africains a moins de 18 ans; en Allemagne, la moitié a moins de 47 ans et un Européen sur cinq a plus de 65 ans. Cette jeune génération africaine représente un énorme potentiel pour l’Afrique mais aussi un énorme défi pour sa gouvernance, pour la société et l’Église. Avec la réalisation de l’indépendance politique, les nations africaines n’ont pas suffisamment utilisé la liberté nouvellement acquise pour travailler au rythme du reste du monde. Beaucoup de leurs dirigeants sont devenus très corrompus et oppressifs et ont collaboré avec leurs maîtres coloniaux pour maintenir le vieux paradigme économique colonial. Le résultat est l’aggravation des difficultés économiques des pays africains, la politique de renforcement des échecs, le découragement de la jeunesse et l’exode massif qui en résulte à la recherche d’une nouvelle vie sur les rivages de l’Europe et de l’Amérique. Les changements démographiques européens pourraient ne pas être en mesure de soutenir le taux d’afflux de migrants en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient. L’Église, surtout en Afrique, est restée indifférente ou plutôt elle a choisi de se réserver à propos du fléau de l’Afrique et de son peuple, mais elle doit maintenant se montrer à la hauteur de cette situation. La jeunesse n’attend pas d’elle un projet détaillé de la renaissance socio-économique de l’Afrique, mais elle attend des orientations, des motivations et une «lampe pour mes pas» qui peuvent aider l’Afrique à tracer une nouvelle voie. A juste titre, ils s’attendent à une sagesse qui guide les normes d’évaluation de leur voyage et les incite à agir en direction de la construction de véritables nations africaines. Les jeunes participants africains ont exprimé leurs désirs profonds lors de la rencontre dans les #hashtags suivants en espérant que l’Eglise leur prête l’oreille :

#Les défis des jeunes: Les problèmes mentionnés très souvent par les participants africains sont le chômage et un manque de perspectives pour l’avenir. Ce sont des causes majeures de migration, mais elles peuvent aussi conduire à l’abus de drogues et rendre les groupes terroristes attrayants. Gabin Djimtoloum, un participant du Tchad, souligne que « la situation actuelle au Tchad est très difficile avec la crise économique et les grèves partout. Les jeunes ne savent où se tourner ni que faire.»

#Église: La jeunesse africaine a généralement une attitude positive envers l’Église. Pour beaucoup, c’est un lieu d’espoir. Elle est particulièrement appréciée pour sa contribution dans le domaine de l’éducation. Il y avait un grand intérêt pour la question « comment l’Église pourrait devenir plus attrayante et crédible pour les jeunes ? ». Dans les vues de Charlene Garba de la République Centrafricaine, « la jeunesse a absolument besoin de l’Eglise. Elle est comme une institution pour la formation des jeunes parce qu’elle nous enseigne le bon sens et est pour nous un endroit sûr, où nous pouvons aller. »

Avenir : Alors que les jeunes dans le monde occidental rêvent davantage d’épanouissement personnel et de réalisation de soi, les jeunes Africains sont plus préoccupés par un avenir meilleur pour leurs familles et leurs communautés. Comme le remarque le document final de la réunion pré-synodale: «Les jeunes parlent de sécurité, de stabilité et d’épanouissement. Beaucoup d’espoir pour une vie meilleure pour leurs familles. Les jeunes Africains rêvent d’une Église locale autonome, qui n’a pas besoin d’une aide qui nourrit la dépendance, mais qui contribue à la vie de ses communautés.»

Place des jeunes: Dans la tradition africaine, ce sont les anciens qui prennent les décisions. Dans de nombreux pays africains, la politique est dominée par l’ancienne génération. Les jeunes ont peu de possibilités d’influencer activement les processus décisionnels. Avec la réunion pré-synodale, le Pape François a donné aux jeunes l’occasion de participer activement et efficacement à la préparation du prochain Synode en utilisant leur langage et leurs moyens de communication. Vincent Paul Nneji du Nigeria insiste sur le fait que «nous voulons faire partie de la prise de décision, [et] l’Église nous a donné l’opportunité dans le pré-synode … de nous voir et de connaître nos forces et nos faiblesses, de les gérer ensemble et nous verrons comment nous pouvons aider l’Église et la société.»

Se préparer à aller de l’avant – Plus de participation, plus de discussions !

En attendant le format du Synode – que ce soit pour les jeunes ou sur les jeunes – nous tournons notre intérêt vers le continent africain et sur la manière dont ses apports peuvent recevoir une base plus large et être enrichis. Le Synode présente à l’Église en Afrique une occasion unique de galvaniser le grand nombre de jeunes vers une nouvelle vision. Ils feront partie d’un exercice global, avec leurs pairs, dans le but de façonner la mission d’évangélisation de l’Eglise dans un monde devenu très sécularisé en Occident et affecté par la pauvreté induite par l’homme sur le continent africain. Vers une maximisation de l’opportunité offerte par le prochain Synode, AEFJN appelle à davantage de discussions parmi les groupes de jeunes à différents niveaux – paroisses, diocèses et provinces en Afrique. Il doit y avoir une intense prise de conscience visant à faire du Synode un sujet de discussion récurrent parmi les groupes de jeunes avec un mécanisme efficace de rétroaction qui garantisse que les nouvelles contributions soient intégrées dans les documents préparatoires. Plus la gamme d’apports de la jeunesse est large, plus les résolutions à la fin du processus de discernement seront larges et ventilées. Le Synode est une opportunité en or pour les jeunes de l’Eglise africaine de penser globalement et d’agir localement!

WOLFGANG SCHONECKE

CHIKA ONYEIJUWA

Secrétaire exécutif

[1] Eckhart Tolle, “A new Earth: Awakening to your Life’s Purpose. Dutton publishers, 2005.